Robert et Clara

Robert et Clara

Le journal et la correspondance de Robert et Clara Schumann en regard de leur lieder et compositions pour piano.

Assieds-toi auprès de moi, mets tes bras autour de mon cou, laisse-moi plonger dans tes yeux et demeurons heureux dans le silence.
Dans le vaste monde deux êtres s’aiment !
A l’instant la pendule sonne minuit un quart ; au loin on entend des gens qui chantent un choral.
Connais-tu ces deux qui s’aiment ?
R. Schumann à C. Wieck, 2 janvier 1838

C’est à l’âge de dix-sept ans que Robert Schumann fit la connaissance de Clara Wieck, enfant prodige du piano, de dix ans sa cadette. Ils jouaient ensemble à quatre mains, il improvisait pour elle. Leur amitié passionnée de professeur à élève se transmua bientôt en un amour conscient de lui-même, auquel s’opposa vigoureusement le père de Clara. Après trois années de souffrances et de clandestinité, ils passèrent outre le refus paternel et se marièrent le 15 septembre 1840.

Les lettres qu’ils s’échangèrent pendant ces années s’arrêtèrent à cette date, laissant la place à un journal intime écrit à quatre mains, suivant les petits et grands événements d’une vie conjugale pleine et heureuse, jusqu’à l’internement de Robert en 1854 et sa mort tragique deux ans plus tard. C’est à deux qu’ils le rédigèrent tour à tour, chacun prenant la plume pendant une semaine, pour en faire le miroir de leur bonheur, de leurs efforts et de leurs progrès.

Ensemble ils eurent six enfants, élevés avec la même patience, la même tendresse, et dans le même amour dévoué pour la musique. Robert offrit le jour de leur mariage, en cadeau à Clara, un recueil de lieder dont la dédicace est une déclaration d’amour passionnée: « Toi mon âme, toi mon coeur, toi mon bonheur, toi ma souffrance ». Toute sa production musicale est imprégnée de la présence constante et affectueuse de son épouse ; à son tour, il l’encourage à écrire, persuadé qu’elle n’est pas seulement l’interprète de génie qui enflamme les plus grandes salles d’Europe, mais aussi un compositeur en devenir. Clara s’en défend mais obéit à un mari en qui elle a toute confiance. Elle prend sa plume, et offre à la postérité des pièces pour piano et des mélodies dont le lyrisme exalté témoigne d’une âme véritablement romantique : Robert ne s’était pas trompé.

Le fantasme du double qui hante toute la vie de Schumann trouve en Clara un support idéal : élève, amie, amante, épouse, c’est avant tout un alter ego féminin. Ensemble ils échangent leurs pensées sur la poésie, la musique, l’art et l’amour, chaque jour, dans l’intimité du foyer comme dans les tournées triomphales, offrant le portrait d’un couple qui, au-delà de la légende, est délibérément moderne.