Péchés de vieillesse

Péchés de vieillesse

Une soirée dans le salon de Gioacchino Rossini : pièces musicales, humoristiques et gastronomiques

Après la tourmente de la Révolution, synonyme de rigueurs et de privations, après les sanglantes guerres napoléoniennes qui laissèrent le pays exsangue, la France de la Restauration a soif de renouveau et laisse éclater une joie de vivre dont l’exubérance frise parfois l’outrance. Une nouvelle classe sociale voit le jour, qui dominera toutes les autres : la bourgeoisie.

Décrite par Balzac dans la Comédie Humaine, cette classe de banquiers, de marchands et d’usuriers prospères souhaite se mêler à la noblesse par le biais de ce qui fit son élévation : l’argent. Le 19è siècle est le triomphe du luxe, de l’étalage des richesses et du tape-à-l’oeil. L’excès est partout.

La fête est à la célébration des plaisirs sensuels, dont les moindres ne sont pas ceux de la table. Les riches créanciers, nouveaux amphitryons, célèbrent dans des festins inouïs l’invention d’un art nouveau : la gastronomie. Ainsi le précurseur en la matière, Grimod de la Reynière, organise des orgies improbables où l’opulence ne cède en rien à la fantaisie débridée : le capricieux auteur de l’Almanach des Gourmands invite par exemple ses amis à son propre repas funèbre, qu’il préside en personne !

Succédant à la vie de cour, la vie de salon est l’occasion de se montrer à un public choisi, que l’on cherche soit à gâter soit à impressionner. Rossini fait assurément partie des premiers : il concocte lors de soirées privées des repas gargantuesques, où il ne dédaigne pas de se mêler de cuisine (ne fut-il pas l’inventeur ou le dédicataire, selon la légende, du fameux « tournedos » qui porte son nom ?) pour régaler des amis chers, leur faisant partager son goût des plats raffinés.

Raffiné, Rossini l’est aussi dans l’humour. Fini le sérieux des grands opéras tels Sémiramis ou Guillaume Tell, ici les pièces musicales s’intitulent : « A ma belle-mère (Requiem aeternam) » ou « Valse à l’huile de ricin ». La passion pour la bonne chère du compositeur à la retraite se lit dans les titres de ses Péchés de vieillesse, albums de mélodies et pièces instrumentales à destination des visiteurs de son salon : «Ouf ! Les petits pois », « Hachis romantique », « thèmes et variations sur le beurre »…etc.