Mignonne, allons voir si la rose…

Mignonne, allons voir si la rose…

Autour de Ronsard et des poètes de la Renaissance : une lecture musicale

Les années 1830 voient éclore en France, au milieu d’un étourdissant tourbillon créatif, un genre nouveau : la mélodie. Issue de la romance, laquelle, déconsidérée du fait de son caractère souvent fade et simpliste, est sur son déclin, la mélodie française accède au genre dit « sérieux ». Caractérisée par une attention particulière au texte, la mélodie à partir de Berlioz s’attache à mettre en valeur les trésors poétiques engendrés par le siècle ; la mélodie est construite à partir d’un poème pour en faire scintiller les sonorités et les couleurs. Le creuset littéraire de l’époque offre une matière considérable à ces épanchements lyriques : ainsi Hugo, Musset, Gautier ou Lamartine voient leurs plus belles créations gratifiées d’un traitement musical par les grands compositeurs de l’époque.

Parallèlement à ces échanges, à ces correspondances entre contemporains via notamment les salons parisiens, naît un engouement pour le patrimoine national : le romantisme cherche à renouer les liens avec le passé, tentant d’oublier que la Révolution, puis l’Empire, avaient cherché à faire table rase de tout ce qui avait trait de près ou de loin à l’Ancien Régime. La mode de l’Antique se double d’un goût pour la Renaissance, créant de fait une mise en abyme dans laquelle le passé mythique est vu par le prisme d’une double redécouverte. Les poètes négligés, oubliés, recouvrent une gloire que les siècles suivants avaient étiolée.

Dans le nationalisme naissant des pays de l’Europe moderne, il s’agit de créer, en cherchant dans ses propres racines, une mythologie héroïque ; dans le ciel poétique français Ronsard apparaît comme la plus brillante étoile de cette Pléiade renaissante.

L’engouement pour Ronsard n’est pas dû au hasard : grand amateur de musique lui-même, il conçoit ses poèmes comme support potentiel d’une composition musicale ; déjà de son vivant se multiplient les publications des ses sonnets traités par Guillaume Boni, Guillaume Costeley, Clément Janequin ou Anthoine de Bertrand, parmi d’autres.

La poésie de Ronsard, composée dans une veine sentimentale et nostalgique, éveille l’intérêt des romantiques ; ses vers aux sonorités raffinées séduisent des compositeurs soucieux de contribuer au corpus musical francophone. Il est jusqu’à Wagner pour mettre en musique le fameux sonnet de l’Ode à Cassandre, « Mignonne, allons voir si la rose… ». D’autres, plus ou moins illustres, continuent la tâche : Gouvy, Bizet, Ravel, ou plus près de nous : Poulenc, Dukas, Honegger ou Leguerney.

La poésie de Ronsard – et on en trouve trace jusque dans des compositions d’aujourd’hui- invite à chanter. Chaque style musical trouve une matière idéale en ses vers ; chaque nouveau traitement trouve une adéquation d’une naturelle évidence, preuve, s’il en fallait, que cette poésie, reflet d’une époque et d’un style définitivement révolus, pouvait accéder au rang d’éternité.