Une heure espagnole

Une heure espagnole

L’Espagne à la mode au 19è siècle

Longtemps considérée par la France comme un voisin ombrageux, empêtré dans d’obscures querelles de succession, l’Espagne n’est plus au 19è siècle cet empire catholique aux ambitions démesurées. Les guerres napoléoniennes ont ouvert par la violence une brèche aux voyageurs. Le romantisme, qui cherche de nouveaux terrains à l’imagination et au rêve, découvre le versant arabe de l’Espagne. La littérature s’abreuve au fastueux mirage d’un pays contrasté : évocations sensuelles d’ombre et de lumière en aveuglants clairs-obscurs, violence et mystère : tout est sensation forte et dépaysement.
Pour les écrivains romantiques, le voyage en Espagne, réel ou rêvé, devient par la suite un passage obligé, de Chateaubriand à Stendhal, Quinet, Dumas, Gautier et Hugo. Enfin le sombre Mérimée fait paraître Carmen avec le scandale et le succès que l’on sait…
Les musiciens ne sont pas en reste et découvrent les rythmes chaloupés des danses espagnoles aux noms exotiques : boléro, havanaise, séguedille… Les Garcia (illustre famille de chanteurs qui donnera la Malibran et Pauline Viardot) lancent une mode dont le succès ne se démentira pas au cours du siècle.
Les salons musicaux cèdent à la mode ibérique, conjuguant de séduisants stéréotypes à une couleur locale souvent fantasmée : le contrebandier, Pepita, le torero, Dom Juan et la belle Andalouse cachée derrière sa mantille… Si Musset inspire les compositeurs, Hugo les exalte : son poème Guitare inspirera un nombre incalculable de compositions, de Reber à Bizet en passant par Massenet, Lalo et Saint-Saëns. Si l’on en croit le succès des compositions de Ravel au 20è siècle, la mode espagnole aura survécu, et de très loin, au romantisme.