Une heure espagnole

Une heure espagnole

L’hispanisme à la mode au 19è siècle

Longtemps considérée par la France comme un voisin ombrageux, empêtré dans d’obscures querelles de succession, obsédé par le souvenir de Charles Quint, l’empereur régnant sur « les deux mondes », l’Espagne n’est plus au 19è siècle cet empire catholique aux ambitions démesurées. Les guerres napoléoniennes ouvrent par la violence une brèche aux voyageurs. A l’heure où les poètes s’improvisent explorateurs, les récits de voyage foisonnent, plus ou moins nuancés, plus ou moins enjolivés. L’orientalisme à la mode comprend à cette époque le territoire ibérique, option que défend Hugo dans ses Orientales : « L’Espagne, c’est encore l’Orient, l’Espagne est à demi africaine, l’Afrique est à demi asiatique ».

Le romantisme, qui cherche de nouveaux terrains à l’imagination et au rêve, découvre le versant arabe de l’Espagne, et exploite cette veine avec le même élan qu’il le fait par ailleurs pour les territoires lointains du Nouveau Monde ou du Maghreb.

La littérature s’abreuve au fastueux mirage d’une Espagne aux contours contrastés : évocations sensuelles d’ombre et de lumière en aveuglants clairsobscurs, mystères violents, moiteur et couleur locale : tout est sensation forte et dépaysement.

C’est d’abord chez Hugo que l’Espagne pose une empreinte profonde, obsessionnelle, d’Hernani à Guitare, poème dont Reber, Bizet, Massenet, Saint-Saëns et Lalo ont chacun tiré une mélodie. Puis Théophile Gautier ne tarde guère à faire preuve d’un sentiment analogue, élargi à l’Orient dont il exploite les lourdes splendeurs. Enfin le sombre Mérimée fait paraître Carmen avec le scandale et le succès que l’on sait.

Initiée par la littérature, la mode espagnole concerne également les peintres. Dès 1862, un groupe de danseurs ibériques vient se produire à Paris avec un considérable succès, dont l’étoile, Lola de Valence, est à la fois saluée par Baudelaire et par Manet. Le voyage de celui-ci en Espagne provoque la création d’oeuvres telles qu’Un combat de taureaux, que l’on peut considérer comme trait d’union entre les tauromachies de Goya et celles de Picasso.

La voie était donc largement ouverte à la musique pour que s’y engagent à leur tour Lalo, Bizet et Chabrier avec Debussy et Ravel, ou les Espagnols euxmêmes, Albeniz, Granados et De Falla. La compagnie Zdenko célèbre l’hispanisme et ses reflets rouge et or par la splendeur de ses mélodies et airs d’opéra.