Bohèmes

Bohèmes

La figure du bohémien, du romantisme au réalisme : le vagabond et le poète maudit.

Du phénomène de société au mythe artistique, la figure du bohémien est un sujet de prédilection pour les artistes, nourris du fantasme d’une vie sans attaches et sans règles, intense et sensuelle. La génération romantique prend fait et cause pour le vagabond, à travers la fantasmagorie, entre Hugo et Liszt (auteur d’une remarquable étude, Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie, 1859, et bien sûr des dix-neuf Rhapsodies hongroises, dont la composition s’étale tout au long de sa carrière), Mérimée et sa Carmen ou Nerval, Gautier et leur bohème du Doyenné. La tzigane orpheline Consuelo vagabondera dans l’Europe centrale dans le roman éponyme de George Sand.

Le terme « Bohème » change progressivement de signification durant le 19è siècle, pour emprunter les chemins de la métaphore.

C’est Balzac en 1844, dans Un prince de la Bohème qui lui donne ses lettres de noblesse :

Ce mot de Bohème vous dit tout. La Bohème n’a rien et vit de tout ce qu’elle a. L’espérance est sa religion, la foi en soi-même est son code, la charité passe pour être son budget. Tous ces jeunes gens sont plus grands que leur malheur, au-dessous de la fortune mais au-dessus du destin.

En 1848, c’est le roman de Henry Murger, Scènes de la vie de bohème (1847-49) qui fit entrer le mot dans le langage courant. Irradiant depuis le quartier latin, la bohème, en ne faisant plus qu’un avec le monde des artistes, allait définitivement forger la légende de Rimbaud, Verlaine ou Modigliani. L’avènement de « l’artiste bohème » exalté par des poètes comme Baudelaire, fut la source essentielle de l’élaboration du mythe de l’artiste tel qu’il existe encore de nos jours.

Chantée, filmée, versifiée, exaltée, cent fois déclarée morte et toujours renaissante, la « Bohème » fait partie des légendes modernes ; née entre romantisme et réalisme, elle accompagne une profonde transformation du statut de l’artiste.  Désormais le jeune talent ne se place plus sous la protection de quelque prince : il est ce génie solitaire, misérable et incompris qui anticipe les convulsions de la société.

La compagnie Zdenko chante le vagabond sous ses deux visages : dans un première partie, l’Amour est enfant de Bohème, c’est le tzigane, l’étranger errant qui sera célébré, tandis que dans la seconde, L’homme aux semelles de vent , c’est à l’âme torturée de l’artiste maudit, au poète à la plume libre que nous aurons rendu hommage.