Bellini et le Bel Canto

Bellini et le Bel Canto

Le terrible critique Paul Scudo, consacrant en juillet 1848 quelques pages à Donizetti et l’école italienne depuis Rossini, savait rendre hommage au maître de Catane, Vincenzo Bellini : « Beethoven a constitué à la musique un patrimoine qui semble n’être dû qu’à son labeur obstiné.

Bellini a reçu la mélodie sans avoir eu la peine de la demander, comme si le Ciel lui avait dit : „Je te donne tout juste ce qui manquait à Beethoven“.

En 1833, deux ans avant sa mort, Bellini accepte l’invitation de Rossini de se rendre à Paris. C’est là qu’il compose son dernier chef-d’œuvre, I Puritani, et c’est là aussi qu’il meurt, à 34 ans, d’une manière aussi brutale que mystérieuse. Avant de disparaître il a eu le temps, à l’instar de ses prédécesseurs (dont Rossini) de composer quelques pièces (dont certaines en français) à l’intention de salons parisiens, où les chanteurs à la mode, tels Rubini ou la Grisi, se produisaient en privé, devant un auditoire rassemblant Chopin, Musset, George Sand…

Les mélodies avec accompagnement de piano s’inscrivent en marge de la production d’opéras : parallèlement à Norma ou La Sonnambula voient le jour de petites merveilles d’écriture, destinées à un public choisi et intime, mais dont la langueur et la grâce infinie ne le cèdent en rien aux plus belles pages opératiques du Sicilien.

Les mélodies de Bellini gagnent, pour certaines, un éclairage particulier en étant données dans une version française. Pratique courante à l’époque, souvent avec l’aval du compositeur, cela témoigne en outre du formidable brassage culturel dont le Paris romantique est l’épicentre.

Pour Vaga luna nous donnons la version de Pauline Viardot : si la langue originale reste, les annotations et (infimes) variations donnent un aperçu de la porosité des œuvres à l’époque romantique, et de l’évidence de l’idée de « relecture ». On peut associer cette démarche à celle de Berlioz réorchestrant Gluck à l’intention de cette même Pauline Viardot.

Aux pièces référencées dans l’édition Ricordi, nous avons ajouté les mélodies présentes dans le catalogue de la Bibliothèque Nationale.